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Les fées (conte traditionnel des Pyrénées)



Ici dans ce très beau conte de Bigorre, les fées sont presque humaines. Mais l'alliance avec les hommes demeure inaccessible. Il n'est donc pas sans danger de franchir les frontières du merveilleux.

Les belles et mélodieuses jeunes filles du Lavedan croient encore que, si elles aperçoivent auprès de la fontaine un fil gisant à terre, elles doivent le ramasser, l'enrouler vite : le fil s'allonge et forme sous leurs doigts un peloton merveilleux, d'où sort une fée qui, ravie qu'on l'ait soustraite à son incommode prison, fait à sa libératrice quelque riant présent, ou lui prête sa baguette magique.
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Il y avait une fois deux bergers, lesquels firent la rencontre de deux belles vierges qui étaient fées ou enchantées, ce qui revient au même. Et les fées dirent aux jeunes hommes qui leur étaient peu inférieurs en beauté, car ils étaient aussi beaux qu'on peut l'être quand on n'a point subi d'enchantement :

- Voulez-vous bien nous épouser ? Nous sommes des fées, et nous vous donnerons des trésors qui vous rendront riches à jamais... (Puis elles ajoutèrent en rougissant, quoique fées) Nous vous donnerons aussi de beaux enfants qui feront votre joie et l'admiration de vos voisins.

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Puis elles attendirent modestement que les deux jeunes pasteurs, tout surpris de la rencontre et d'une proposition si séduisante, prissent la parole pour leur répondre. On juge qu'ils ne se firent pas prier pour accepter, et les fées, qui les virent si bien disposés à faire ce qu'elles souhaitaient :

- Revenez demain, dirent-elles, au bord de ce champ mais revenez à jeûn, afin qu'en nous épousant, vous puissiez rompre le charme qui nous retient captives. Alors nous ne serons plus fées, mais nous serons vos femmes... Prenez garde, pour notre bonheur et pour le vôtre, de n'avoir point mangé avant que nous soyons unis.

Le lendemain, les jeunes bergers revinrent, pleins d'espérance, au lieu que les fées leur avaient désigné, et ils les aperçurent. C'était le temps où les seigles se forment. L'un des deux, cueillant un épi par inadvertance, en détacha un grain qu'il rompit entre ses dents, pour savoir s'il mûrissait.

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 Aussitôt la fée qui lui était promise, s'écria en tressaillant :

- Tu m'as replongée dans le charme dont j'allais être tirée ; tu m'as rendue fée à jamais, hélas !

Et elle disparut dans le même instant.
Mais l'autre fée, s'adressant à son fiancé qui avait été plus attentif à suivre ses avis, lui dit :

- Songe à présent, ô berger ! que je vais être ta femme, car tu as détruit
l'enchantement qui me tenait éloignée des hommes. Mais si tu veux me conserver près de toi, souviens-toi de ne m'appeler jamais fée ni folle... Au surplus, sois confiant et ne crains rien de ce qui va arriver.

Tandis que la belle fée lui donnait ces doux encouragements, un serpent s'éleva de terre, et s'enroulant à l'entour du bâton du pasteur, approcha sa bouche de la sienne : baiser mystique, consécration surhumaine de l'alliance de l'homme avec la fée...

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 Le berger le reçut en silence et fixa tendrement ses yeux sur la vierge enchantée, pour laquell
il souffrait cette caresse.
Alors elle le prit par la main et le conduisit dans une caverne où il y avait
beaucoup d'or et d'argent. Ils chargèrent ces richesses sur deux mulets, et furent les convertir aussitôt en une maison rustique, accompagnée des plus belles terres de la contrée. Puis ils eurent de beaux enfants...
Puis les années s'écoulaient.
Or, il arriva un jour que l'épouse, jeune encore, qui avait retenu de son
enchantement certaine faculté divinatoire, ayant regardé le ciel, là où des yeux vulgaires ne voyaient que la sérénité présente, y lut les signes d'un ouragan terrible, qui devait fondre sur le pays, dans la soirée. Aussitôt, ménagère prudente et pour prévenir de plus grands malheurs, elle ordonna à ses domestiques de couper les moissons, bien qu'elles n'eussent pas atteint leur entière maturité, et elle les fit rentrer sous l'abri de ses granges.
Son époux qui était absent, revint pour lors, et voyant les valets de la ferme occupés à enlever les blés avant qu'ils ne fussent mûrs, il leur demanda avec colère qui leur avait commandé un pareil travail. Et comme les serviteurs tremblants lui répondirent qu'ils ne faisaient qu'exécuter les ordres de sa femme, il l'aperçut elle-même qui venait au-devant de lui :

- Oh ! la folle, s'écria-t-il ; est-il possible qu'un acte aussi extravagant ait
pu entrer dans ta pensée !

À ce mot fatal, et poussant un profond soupir, l'épouse disparut aux yeux de son mari consterné, et rentra brusquement sous le charme qui reprit sur elle son pouvoir.
Dans la soirée de ce jour, une effroyable bourrasque descendit dans la vallée : les eaux rompirent leurs digues, inondant les champs et ruinant les moissons.


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Alors le triste pasteur, qui vit son grain sauvé par la prévoyance de sa femme, lui rendit, en gémissant, une tardive justice. Il la rappela, mais en vain.
Cependant elle revenait, chaque aurore, dans une chambre isolée de la maison. Là, se rendaient près d'elle ses enfants, beaux comme le jour, et elle aimait à peigner leurs blonds cheveux avec un soin infini. Elle les avait conjurés de ne dire à personne son retour secret. Le père qui ne pouvait s'expliquer l'ordre splendide qui régnait sans cesse dans l'arrangement de ces merveilleuses chevelures, interrogea les enfants, leur demandant quelle était la main habile qui leur rendait ce service journalier. Mais, dociles à la prière d'une mère, ils ne voulurent point le dire.
À la fin, il les suivit doucement vers la chambre où ils montaient à la dérobée, et il vit... ce fut pour jamais... sa jeune épouse, plus belle qu'au jour où il l'avait fiancée : elle tenait à la main un peigne précieux, qu'elle promenait, heureuse, sur la blonde tête de ses fils. À peine entrevit-elle son indiscret époux, qu'elle s'évanouit comme un songe et les enfants, ainsi que leur père, l'eurent vue pour la dernière fois.

http://www.logoslibrary.eu/pls/wordtc/new_wordtheque.w6_start.doc?code=36300&lang=fr

Embrun 09/01/2010 19:22


Une très belle histoire